Par Rémi Roig
Il y a une araignée sur mon balcon. Dans le coin de mon balcon. Elle est très grosse. Je n’aime pas les araignées. Mais je l’ai laissée. Je la vois souvent le soir, sur sa toile. Rarement le matin. Quand je la vois le matin, en ouvrant le store, j’ai très vite un sentiment de dégoût. Je vois ses longues pattes gesticuler sur sa toile d’un mouvement souple et répugnant.
Des soirs, quand je la regarde, je me dis que je l’ai laissée ici par manque de courage. Mais je me dis aussi qu’elle n’est que dans un coin, sur le balcon et qu’elle ne n’embête pas, alors pourquoi l’enlever ? Si je devais l’enlever, je le ferais au balais, un grand coup, je la ferais tomber ou bien je l’écraserais. Puis j’enlèverais sa toile. J’aurais eu un sentiment de dégoût pendant quelques secondes puis après, terminé. Plus d’araignée.
Mais, je me dis aussi, que ce n’est pas plus mal que d’en avoir une, comme ça. Pour les insectes, les moucherons ou les moustiques. Je me dis que mon impact sur la biodiversité, aussi infime soit-il, se joue là aussi.
Si elle avait été dans mon appartement, je l’aurais écrasée. Là, elle est dehors ; elle ne quitte pas son endroit. Elle ne me gêne pas plus que ça. Elle ne gêne que ma vue.
Je ne la tue pas non plus, car je connais un dicton qui dit : « araignée du matin, chagrin. Araignée du soir, espoir. » et je l’ai connue un soir.
Quelques fois, je me dis que c’est de la fainéantise de ne pas la tuer ou de la peur. Quelques fois, je me dis que c’est parce que j’aime la nature que je l’épargne.
Finalement ou ne sait jamais vraiment, quelles sont les idées les plus fortes en nous.