Par Inès Labat
Je suis dans ce grand appartement où de petites chaussures, pour de petits pieds, côtoient les grandes de leurs aînés. Personne n’habite vraiment ici mais on y a tous un peu vécu dans ma famille. Chaque fois que j’y reviens, j’ai un peu grandi et redeviens dans le même temps toutes celles que j’y ai été. La rangée de tilleuls qui longe l’allée m’accueille et semble me reconnaître. La montagne qui me fait face sait que ma vie a continué ailleurs mais qu’ici ce n’est pas la peine. On peut juste faire une pause et se regarder. Même si je pénètre seule cette fois dans cet appartement, il est tout sauf vide. Il y a le linge étendu par une cousine avant de partir, la chaise haute d’un enfant, les prospectus des municipales que ma marraine a laissé sur la table. Malgré le silence, c’est toute mon enfance, toute ma famille qui résonne ici. La journée, je prends de la hauteur. Je m’aide de cette montagne, je m’accroche à elle. Je suis ce petit chat qui s’accroche à la montagne comme le disait mon moniteur de ski lorsque j’étais petite. Encore aujourd’hui, il me faut encore suivre ses conseils : relâcher et accepter de regarder la pente.