Par Pierre Chatut
En ville, en soirée.
Une traversée au milieu des platanes. Les branches piaillent pour me faire lever la tête mais je sais déjà à qui appartient l’appel. Les perruches d’Aix aiment qu’on ne les oublie pas.
Leur forme se détache à peine de la mosaïque de ramures qui strient le ciel. C'est plutôt au son qu’on les distingue, et impossible de les confondre avec les pigeons, elles s’en sont assurées. Elles ne feront jamais l’effort de venir à ma hauteur, la curiosité elles la suscitent très bien depuis leur perchoir.
Elles se savent exotiques, et sans en jouer avec excès, il leur suffit de manifester leur présence pour que l’on veuille voir. Parce qu’un cri strident venu d’ailleurs et un vert émeraude pour teinter la ville, ça vaut bien un torticolis aux passants.
Et cette allée de platane, elles ne la quittent finalement jamais, elles entament leur chant, leurs joutes verbales et leurs parades à heure fixe. Elles sont employées de la ville. Dans leur ballet, elles n’avanceront jamais plus d’une arbre à la fois. Elles y demeurent, elles sont en place.
Parce que si elles rentraient chez elles, si elles retrouvaient le pays qui leur a donné toutes leurs couleurs, qui voudrait encore les regarder ? Mieux vaut conserver les pigeons comme seuls concurrents, les marcheurs n’ont pas encore découvert le charme de leur banalité.