15 ans

Par Inès Labat

Prendre place
2 min ⋅ 08/03/2026

C’est tout autour de moi. Le monde entier a la nostalgie de mon adolescence.

Je compte. Ça, ça a 15 ans. La première fois que j’ai vu ce clip, c’était il y a 15 ans. J’avais 15 ans. Il y a des années que je n’avais pas eu 15 ans ; et puis j’ai soulevé le tapis.

Il y a ces voix adolescentes avec qui je chante en cœur ces paroles que mon cerveau n’a pas effacé. J’avais laissé tout ça derrière moi. Qu’est-ce qu’on ne fait pas quand on veut grandir ? On enlève les posters des murs. On arrête de lire l’horoscope des magazines avec ses copines. On se met à écouter le masculin parler et on se détourne de nos idoles jugées à présent enfantines ; comprenez que c’est un truc de fillette, ou de femmelette. Mais la route qu’on a tracée fait une boucle. On a gommé les petits mots dans les marges des cahiers et une partie de nos identités. On a assimilé le « bon goût ». On s’est fait grandes. Et puis on se demande pourquoi, pour qui ? Et on fait machine arrière.

Heureusement mon adolescence a laissé des traces. Mes posters sont rangés dans un tiroir, au milieu de toutes ces feuilles noircies de rêves, promesses et préoccupations. C’est parce que nous sommes garantes de ce souvenir, qu’on achète compulsivement des places de concert, qu’on fait des bracelets dans nos appartements pas plus grands que des chambres. Et si on ne retrouve pas celles avec qui l’adolescence s’est vécue, on se mêle aux inconnues qui nous ouvrent les bras. On commémore ensemble. Il n’y a que les minorités qui puissent faire ça. Qui puissent faire foule pour légitimer nos vies.

La fierté est un mot féminin, alors j’ouvre la porte à cette adolescente que j’ai oublié de faire grandir avec moi. Elle me rend la clef et je lui donne la main. Je lui fais une place, je l’écoute. Parce qu’on fait mieux son chemin avec des mots. On en a besoin. Quand elle raconte, j’ai envie de pleurer. Je n’ai rien oublié, mais raconter c’est faire exister ; alors j’accueille le souvenir. Et le disque repasse encore une fois.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig