Les samedis matin d’hiver

Par Inès Labat

Prendre place
2 min ⋅ 25/01/2026

Les samedis matin d’hiver sont froids et blancs. Ce sont des matins où on n’est pas obligé.es. Pas obligé.es de se lever, pas obligé.es de sortir. C’est socialement admis. Une couette, une série et on attend lundi.

Mais moi je suis de celles qui ne peuvent pas. Accepter le repos, on naît avec ou on naît sans. Alors je sors dès le samedi matin. J’affronte la brume, avec bonnet et gants, et je décide de faire quelque chose, comme chaque jour de ma vie. Hiver ou pas.

Le samedi matin est précieux à Paris car il est calme. On a presque les rues pour nous et si on se pointe à l’ouverture des enseignes, on est certain.es d’être les premier.es. Enfin presque. C’était sans compter les retraitées du quartier.

Ce matin de janvier, donc, j’arrive à un salon de coiffure sans rendez-vous – premier.e arrivé.e, premier.e servi.e – dix minutes avant l’ouverture. J’ai mis mon réveil pour ça. Je suis sortie du lit avant même d’en avoir envie. Un bol de yaourt et un manteau plus tard, j’étais partie.

Deux vieilles dames étaient déjà là, devant le rideau de fer baissé. J’ignore depuis combien de temps. Là où je suis fière, c’est que deux autres se sont pointées derrière moi. Ce n’est qu’après que les coiffeuses sont arrivées.

Il ne faut pas croire, je ne suis pas du matin. En fait, j’ai plutôt du mal avec cette idée. Moi ma vie, c’est le soir. Et non, je n’ai jamais fait d’insomnie. Je me prive seulement d’un peu de ce sommeil avec qui je m’entends si bien pour avoir la chance de vivre plus.

Je suis le quota jeunesse des samedis matin dans la rue. J’ai comme basculé dans la vie d’après. Sauf qu’au lieu de me lever pour le présent, je cours encore vers le futur. Aujourd’hui, avoir une nouvelle coupe. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig