Par Inès Labat
Seule dans la nuit, je perçois des lumières éparses à travers la vitre du bus. Demain matin, je verrai le lever du soleil sur je ne sais quelle ville. Il sera très vite temps de courir dans le métro – l'immense sac sur le dos –, pour allumer l'ordinateur avant 9h30. Cette route c'est ce qu'il me reste encore de voyage, c'est la transition douce et silencieuse vers le quotidien.
Cette vie des derniers jours ça a été le plaisir de m'asseoir en bord de mer des heures durant, admirer le couché de soleil sur une église depuis un banc, siroter des spritz seule ou accompagnée. J'ai couru les musées, fait des sudokus au lit, gravit des sentiers de montagne, lu au bord de l'Adriatique, passé des appels et écrit des cartes postales.
Avant même mon départ, mon itinéraire était prêt ; les couchages et les trains réservés. J’avais organisé ce voyage. Et j'ai fait face aux imprévus, aux rendez-vous manqués et aux émotions débordantes et fortuites – la pluie et le froid parfois. Les trains que j’ai ratés, ou qui ne m’ont pas attendu. L’hôtel payé par la SNCF et le soleil jaune rasant les oliviers.
Je me suis connue un peu mieux ; sociable et matinale. Il m'a semblé avoir toujours vécu ainsi, dans le lit supérieur des dortoirs, ma banane sur la poitrine. Moi, me brossant les dents à côté d'inconnus ; et les sourires pleins de dentifrice. Les rencontres. Tatiana qui m'a donné le courage de gravir les monts vertigineux de Bled. Ellen, avec qui j'ai découvert Trieste de nuit en allant de bar en bar. L'Italien du petit dej, la Philippine de mon premier dortoir, la Japonaise avec qui j'ai partagé un plat de pâtes. Lara qui va faire 30 ans dans quelques jours, l'Anglais qui m'a posé un lapin, les Belges rencontrées dans le train ; et les autres. La liberté aussi, qui donne déjà envie de recommencer.