Il y a dix ans, la fac

Par Inès Labat

Prendre place
2 min ⋅ 31/08/2025

Il y a dix ans je les ai rencontrés, eux. Pas seulement eux. Il y a eu elle – avant tout –, celle que je ne cesse de raconter. Puis eux. Deux étranges figures qu’on a mises sur mon chemin d’une bien drôle de façon.

Le premier s’était coupé les cheveux. C’est comme ça qu’on est devenus amis. On était une petite bande à la fac. Alors, après les premiers partiels de cette matinée de janvier – et après avoir appris la mort de David Bowie –, on s’est tous retrouvés pour aller à la cafet. On était presque au complet. Il n’en manquait qu’un, qu’on a cherché du regard. On ne le trouvait pas. Il a fallu qu’on nous le dise, que ce gars-là qui venait de nous rejoindre, c’était lui. Les cheveux courts, le visage dégagé. Ce sourire, c’était bien le même. Il n’avait simplement plus ses longs cheveux qui lui cachaient le visage. Plus rien derrière quoi se planquer. Alors, on a enfin pu faire connaissance. J’ai découvert un gars drôle, enthousiaste et curieux. De ceux à qui on peut proposer n’importe quelle aventure et qui vous suivra. Verre après verre. Soirée après soirée. Celui qui dit toujours oui, puis qui a appris à dire non. Celui qui sait vraiment regarder et écouter les autres et qui s’écoute bien mieux maintenant. Ce gars-là inspire et apaise avec ses mots. Passer du temps avec lui, c’est avoir l’impression de vivre au présent.

Le second s’est retourné vers moi en plein cours pour me dire qu’on pouvait être amis. C’est comme ça qu’on l’est devenu, amis. J’étais triste et je m’étais assise seule tout au fond de la salle, alors que ça ne m’arrivait jamais. Mon petit copain venait de me quitter et ce mec assis devant moi qui détestait gentiment mon désormais ex pour son côté « moi je sais tout », s’est retourné pour me dire qu’on pouvait être amis maintenant. C’était aussi simple que ça comme proposition. J’avais perdu un amoureux et gagné un ami. C’était tellement absurde que ça m’avait fait rire. Ce n’était pourtant pas le moment de rire, je comptais bien me laisser le temps de vivre mon drame, mais je n’avais pas pu m’en empêcher. Détourner les chagrins en y insufflant suffisamment de rire et de légèreté en passant par le sarcasme, c’est ça son super pouvoir. Je sais qu’il rit mieux quand il est blessé ou compatissant. Qu’il raconte beaucoup pour se raconter peu. Qu’on n’est pas les mêmes pour le coup mais qu’on s’apporte beaucoup. Je ne lui avais jamais vraiment parlé avant ce premier rire. Depuis, tant d’autres ont suivi.

Aujourd’hui ces deux mecs aussi drôles que sensibles sont mes co-auteurs depuis dix ans. Pierre et Rémi, avec qui l’écriture prend sens, prend place.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig