Par Inès Labat
On a pris un premier train. Puis un second. On est allés encore plus loin. On s’est barré.
Il y a neuf mois. Le temps d’une gestation. Il y a neuf mois qu’il m’a proposé ça. Déposer nos corps entremêlés dans d’autres lits, voir autre chose ; aller plus loin. Un sac à dos chacun et on est partis. À rien avoir dans les mains comme ça, on a un sentiment d’oubli. J’ai oublié ma valise et tout un quotidien dans un appartement fermé à clef que je retrouverai à mon retour. Il ne me manque pourtant rien.
Dès le départ, on a ouvert nos yeux et nos oreilles aux pourquoi pas. On part avec des au cas où et on revient avec des pourquoi pas. On ouvre des portes, on offre nos visages au soleil. On a pris un risque. Un nous c’est déjà un risque. Et tant de joie. Un petit bonheur. Ce petit bonheur, c’est déjà tellement grand. Alors on a élargi le périmètre, on a traversé la Manche. Le froid que le ciel bleu a gagné. Et les rires l’ont emporté.
Au bout d’un moment la fatigue s’oublie ou nous envahit tant qu’on n’est presque un peu plus nous qu’à l’ordinaire. On se révèle plus drôles. Le froid rapproche les corps qui s’aiment. La nuit on se prend les mains qui, la journée, se lovent contre des tasses remplies d’eau chaude infusée. On rêve des espaces laissés par les larges rues d’ici, du temps qu’offrent les afternoon tea.
Et, comme sorti d’un rêve, un corgi au ventre lourd court lentement devant nous. Sa joie prend son temps. Au ralenti, notre attente passe plus vite. Et quand le bus arrive enfin, même s’il est temps de partir, il reste sur nos lèvres.