La femme d’affaires

Par Inès Labat

Prendre place
2 min ⋅ 02/11/2025

Une femme d’affaires, ça a plein d’affaires à s’occuper. Alors souvent c’est stressé, nerveux. Celle qui nous intéresse aujourd’hui, elle a comme un tic. Elle fait toujours ça. En réunion, sous la table. Ça se voit presque pas. Elle glisse l’index et le majeur entre la chaussette et la peau de son pied opposé. Juste là. Et, avec, elle rejoint la plante du pied. Elle garde le pouce sur le coup de pied au-dessus de la chaussure tandis que les deux doigts du dessous exercent une légère pression. N’allez pas comprendre pourquoi, ça la calme.

Enfin si, on va chercher à comprendre pourquoi elle tripote ses lacets comme d’autres tripotent leurs cheveux. Vous pensez à l’enfance ? J’y viens. Oui oui, effectivement, enfant elle faisait un truc vraiment dégueu. Vous voulez savoir ? Elle passait ses doigts entre ses orteils pour enlever la saleté. Comme les singes se font les poux, elle se fait les inter-orteils. C’est comme si, en les rabattant un par un, elle les comptait. Pour être sûre, au cas où.

C’est des choses d’enfant ça, me diriez-vous. Mais ado aussi ça a continué. Non, pas l’inspection des orteils. Mais la question de quoi faire de ces pieds. Elle aurait pu simplement se dire que c’était pour marcher dessus ; mais quand on est ado, qu’on fait de la danse ou de la gym et qu’on a l’habitude d’entortiller son corps dans tous les sens, c’est pas une réponse suffisante. Alors, elle a essayé – que dis-je, elle a réussi ! – à marcher sur ses genoux. C’est très simple là encore. Petit tuto : un pied sur la cuisse opposée, et on fait pareil avec l’autre en mettant le tibia par-dessus l’autre ; ensuite on penche son corps en avant et enfin on essaie de mettre une jambe devant l’autre. À la voir faire, ça a pas l’air si compliqué. Quand on manque de souplesse, un peu quand même. Elle appelait ça faire le crabe. Bon, son déplacement n’était pas latéral mais c’est ainsi.

Voilà, maintenant vous savez tout. Est-ce que ceci explique cela ? À vous de voir.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig