C'est fou cette histoire

Par Rémi Roig

Prendre place
2 min ⋅ 15/06/2025

J’ai rien fait de ma journée. Fatigué. Dehors, ça râle. Y’a les bruits de la ville, les moteurs des voitures et leur son rêche. Le bitume qui miroite du noir. Et très loin, tenus sur la ligne d’horizon, des lumières qui semblent scintiller.

Un chien aboie. Rien.

C’est tout.

Un voisin a frappé chez moi tout à l’heure. Il me demandait un truc, je sais plus.

Il avait l’air inquiet. Moi, j’m’en fous. Il voulait savoir si j’avais du gros sel.

Il disait « ça marche mieux ».

J’avais du sel fin.

On s’en fout. Il a dit que ça ferait l’affaire.

Plus tard, j’ai entendu des cris, peut-être le match. Je voulais aller sur le palier mais j’y tenais pas plus que ça. Je suis en pyjama.

Mais c’est un peu plus tard, quand ça a frappé contre le mur, que je suis sorti. L’appartement d’en face était en désordre et la jeune voisine est sortie, toute tremblante « Il est là, il est là ! »

– Qui ?

– Lui !

J’ai aussitôt pensé à son mec, un type taré qui lui voulait du mal ou bien quelque chose dans le genre. Non, rien. C’était son appartement, il était en désordre, tout était brisé, sens dessus dessous.

Elle, les yeux exorbités, m’agrippant le bras : « je vous en supplie faites quelque chose ! »

– Mais quoi ?

– Il est là !

– Mais qui ?

– Mais Lui !

Elle m’expliqua vite son affaire de taré : un esprit chez elle. Et puis quoi encore ? je pensais à quelle heure j’allais appeler le 15. Encore une soirée de foutu. Les voisins sont sortis sur le palier eux aussi. J’essaie de calmer ma voisine et à mon autre voisine, je lui dis doucement qu’il faudrait s’occuper d’appeler le 15 ou quelque chose comme ça, car elle devait faire une crise d’angoisse.

– C’est étrange, je n’aurais jamais parié qu’elle était malade, elle me dit. Je la croise souvent, elle est plus douce, si calme…

Je me suis dit que c’était justement ça les maladies psychologiques, mais on n'avait pas le temps de disserter. Bon-an mal-an, on a réussi à la sortir et à faire venir le Samu. Ils l’ont embarquée. Elle criait encore dehors quand ils étaient là. C’était horrible. Elle se débattait…

Quand je suis rentré dans mon appart, il était plongé dans le noir. Je me suis vite éclipsé dans ma salle de bain pour prendre une douche. Souffler un peu. Quelle histoire. Un dimanche soir en plus…

J’avais envie de passer à autre chose. Le bain m’a fait un bien fou, je suis ressorti plus frais, quoi que bien fatigué mais quand j’ai allumé la lumière, j’ai retrouvé mon appartement comme celui de la voisine, mes affaires en vrac parterre et les meubles renversés.

Et, étrangement, beaucoup de sel étalé un peu de partout jusqu’au centre de la pièce où il était amassé pour faire un grand tas.

C’est fou cette histoire.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig