Par Rémi Roig
L’impression de revenir ici après une éternité. C’est un peu le cas mais je n’ai pas compté les jours. Peur d’être un peu effrayé. Il y a cette sensation d’être l’animal pris dans les phares d’une voiture. En même temps ; en clapant les touches de mon ordinateur je retrouve des sensations ; la fameuse théorie du vélo. C’est curieux j’ai l’envie d’écrire là sans avoir une envie particulière de texte en soi. J’ai envie de parler par plaisir de parler sans avoir quelque chose à raconter.
Je pourrais raconter, un peu, le rêve de cette nuit. Il y a toujours quelque chose de fascinant quand quelqu’un raconte un rêve.
Je ne pourrais parler qu’en quelques images. Il y avait un bus. Je pense que je devais être au lycée. Pourquoi le lycée ? Il y avait des amis que je n’ai pas vus depuis longtemps maintenant. On riait. Nous étions certainement en voyage scolaire. Le bus à l’arrêt. On écoutait des musiques en dehors, sur un parking. Rien qui ne donne envie de se replonger à l’époque. Je fumais une clope. Il y avait une amie qui me chafouinait comme elle faisait à l’époque.
Est-ce que je regrette inconsciemment des histoires qui n’ont pas existé ? C’est énervant d’avoir un cerveau qui ressasse de si vieilles histoires.
On s’est embrassé.
Ce qui ne s’est jamais passé (me semble-t-il ; là aussi, je pense. Je m’en souviendrais, non ? )
Cet inconscient qui choisit les rêve que l’on fait, les désirs que l’on a, je l’exècre quelques fois.
Une amie m’a dit un jour : « Il faut être son meilleur ami. » Je comprends cette phrase maintenant ; sous ce prisme. Mais qui doit être l’ami de l’autre ? Moi, je lutte.
Le plus souvent, je lutte. Est-ce normal là aussi ?
Et puis, est-ce normal de toujours vouloir chercher la normalité ? La norme ?
Ah ! J’en ai des questions ce matin !
Ce que j’ai aimé dans ce rêve, et pourtant ce n’est qu’un détail, c’était le fait d’être dans une uchronie. Il y avait des téléphones d’aujourd’hui, des musiques d’aujourd’hui,… Je me souviens pas non plus des fringues mais j’aimerais dire qu’elles n’étaient pas d’époque. Ce détail me plaît et je ne sais pas pourquoi.
[Intérieur. Bus scolaire. Quelques éclats de voix. Un paysage glisse lentement sur les vitres. Elle a posé ses jambes sur les siennes. (Position où le plaisir doit être dans le fait d’asseoir quelque chose d’elle sur lui, plutôt que d’être ainsi installée). Des paroles sont échangées. Entre eux. Elle a un geste de taquinerie qu’elle exprime par la main. Des amis, assis plus loin, se montrent des choses sur leur téléphone. Quelque part, ça parle de musique.
Puis le bus s’arrête sur une aire d’autoroute. C’est la pause. Des gens descendent du bus en s’étirant et en poussant de longs souffles. Il sort. Se roule une clope. Il se met à fumer. Il rit avec quelqu’un à côté. Elle revient vers lui après être allée quelque part, clope à la main elle aussi. Elle écarquille les yeux et commence une phrase en disant « Oh ! Tu sais pas !… ».
Elle lui file une tape sur le bras lors d’un exclamation. Puis elle a un rire comme un hoquet, elle met le dos de sa main sous son nez tout en riant aux éclats. Des minutes sont passées, ils se sont éloignés. Une phrase, dont la contenance est oubliée, est échangée. Ils s’embrassent. C’est un léger baiser. Un baiser de lycéens. Plus proche du câlin de bouches. Une légère accolade de lèvres. Les bras s’enlacent et se rétractent doucereusement sur des corps qui tremblent un peu.
Puis, ils remontent dans le bus. Le bus repart.
Quant à nous ; restons là. Sur l’aire d’autoroute. Sur ce bitume. Sur cette aire avec ces boutiques sans attraits derrière, dans cet environnement-là, sans charme, sans flore, sans humanité. Où tout est de plastique, de béton, de bitume. Et regardons ce bus partir. Un simple bus de voyage scolaire. Ce bus traversant le paysage sur son rail de macadam. À côté de l’autoroute, le paysage : des champs de colza, quelques pâturages épars, des arbres, des forêts qui ponctuent l’environnement. À côté, tout près cette nature. Cette nature tranchée en deux par cette bande noire où circulent tous ces engins à vive allure comme circule le sang dans les veines. Restons là ; un peu.]