La mer, c’est le sel

Par Inès Labat

Prendre place
2 min ⋅ 10/08/2025

La mer c’est le sel – incrusté dans la peau. Particules réverbérantes qui rongent les surfaces et les couleurs. Il abîme tout plus vite – blanchit les coques des bateaux de bois et creuse le visage des pêcheurs. Une temporalité à toute allure. À peine le temps pris pour regarder la mer qu’on a déjà tout manqué. Le soleil se couche, l’eau se rafraîchit et les joggeurs sont déjà loin. En même temps, tout s’est arrêté. Happés par la contemplation, on se résout tous à tout abandonner.

Le lendemain le sel tire – logé dans les stries du visage. On s’est couché tard – reste le bas du maillot, seule couche qu’on n’a pas retirée en rentrant la veille. Mais on y retourne à la mer. On appelle un copain, on enfile des tongs et on s’en va en courant – s’envolant sous le bruit des tatanes qui résonnent dans la ville. On mange ses cheveux, suce le sel dans un métro plongé de lumière. Les cheveux sont bouclés, crêpés par l’eau de mer. Le corps se meut mieux dans l’eau et la peau se régale du soleil qui sèche et fixe le sel accumulé. Corps délicieux, les langues des chiens remplacent les cristaux à la surface de nos mollets par une douce salive. On se baigne et on s’installe sur les rochers les yeux fermés. Le soleil tape et nos paupières nous semblent rouges. C’est dans ce décor qu’on tend nos oreilles vers les serviettes de gauche ou de droite. On feint de dormir jusqu’à y arriver malgré soi.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig