Sidéral...

Par Rémi Roig

Prendre place
4 min ⋅ 25/05/2025

Malheureusement,

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi et comment je m’étais retrouvé au-dessus de la Terre, dans ce vide à divaguer, à m’échouer au loin dans l’espace et cette sphère bleue semblait s’éloigner si vite, devenant un point dans le noir.

Je mourrais d’angoisse et ma cellule si petite m’empêchait de bouger, il n’y avait de place que pour être assis. Le silence était absolu. La machine ne marchait plus, l’écran devant moi était aussi noir que l’espace immense, interminable dans lequel je me perdais continuellement. L’angoisse, l’angoisse montait ! Je savais que c’était la fin, la fin de tout. Il ne me restait qu’à attendre. Attendre la mort, la sentir seconde après seconde. Comme ça, dérivant dans le noir. Je me voyais déjà sentir toutes les souffrances de la faim, de la soif, il ne me restait rien d’autre qu’un spectacle minimaliste de points de lumière çà et là, d’étoiles. Je divaguais. Perdu. J’étais perdu.

Je ne renonçai pas, j’ai décidé d’appuyer sur toutes les touches qui étaient devant moi. Une après les autres, toutes en même temps, mais rien, il n’y avait plus rien à faire, l’ordinateur ne marchait pas. Je me demandais si je n'allais pas mourir du manque d’oxygène avant de la soif et de la faim, après tout, cette mort me semblait plus douce. Je m’endormirai. L’on retrouvera plus jamais mon corps, il sera en perdition pendant des siècles dans cet espace immense, interminable, où quelques points de lumière, çà et là éclairent l’immensité du rien intersidéral. Et je ne comprenais vraiment pas pourquoi et comment je m’étais retrouvé ainsi, à divaguer, m’échouer, dans le silence, dans cette immensité noir, dans l’espace si vaste. Je me disais, qu’après tout, il ne me restait plus qu’à accepter. Alors j’acceptais mon sort, la Terre n’était déjà plus visible je divaguais, loin, dans l’infini, et peut-être que je dormirais à cause du manque d’oxygène et que je mourrai paisiblement. Il fallait taire l’angoisse, accepter le vide. La perdition…

Je me réveillai,

Ce cauchemar était épouvantable. J’allumai la lumière, dehors un monde paisible. J’essayais de reprendre mes esprits. Le calme environnant de l’extérieur m’apaisa un moment. Pourtant, dans le ciel, d’énormes nuages noirs et lourds plombaient la ville et quelque chose d’étrange et sinistre semblait flottait dans l’air. Mon téléphone sonnait et je décrochai, une voix stridente ria au éclat. Je raccrochai immédiatement. Après ce cauchemar, maintenant ça ! Il me fallait sortir. Je claquais la porte et sur le palier la lumière semblait épileptique, rien n’allait dans cet immeuble, j’appelai l’ascenseur : en panne. J’ai descendu les escaliers avec rage. Les treize étages descendus, je me trouvais bloqué devant la porte qui donnait dans le hall, la poignée électronique ne fonctionnait plus, j’ai pesté ! Et en frappant de grands coups, une dame m’a ouvert après m’avoir réprimé sur ma conduite incivique. Sur ce, j’étais dehors, il faisait nuit. Je décidai de marcher longuement pour m’aérer l’esprit et le téléphone sonna encore, cette fois c’était une voix numérique monocorde qui m’engueulait parce que j’avais raccroché au rire étrange : « Votre devoir en tant que… » « Obligation de… » « Votre souscription… » « Vous en courez… », un klaxon ! Et une voiture pila devant moi, je ne m’étais pas rendu compte que j’étais sur la route, je fis mine de m’excuser et je rejoignis au plus vite le trottoir.

La nuit,

Les bruits, les lumières artificielles, les constellations d’écrans multicolores me donnaient le tournis et je marchais au plus vite pour me rendre dans un pub. Je n’arrivais plus à me calmer, la foule, les bruits, les cris ! Il y avait trop de choses, je n’en pouvais plus et j’avançais à corps perdu remontant les marées humaines qui descendaient en trompe les grands axes. Sur le chemin je repensais à ce cauchemar insupportable, et je me disais qu’il fallait faire autre chose, ne plus y penser. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser à cet espace obscur, angoissant, à cette capsule qui était aussi petite qu’un cercueil, à ce départ dans le cosmos, et à cette perdition lente, abominable, sans aucune chance d’en sortir, puisque sortir était périr… J’eus soudainement froid, ce qui me poussa à entrer dans le premier bar venu. Je commandai une pinte et plus tard dans la soirée, un ami me dit que c’était normal ce genre de rêve « la situation... » « Ton travail… » « Tes angoisses... ». On continuait comme ça longtemps, on s’était dit toutes les banalités et lorsque la nuit pleine m’avait donné le tournis, que tout semblait trembler comme pris dans un séisme, je rentrai. Quelques visages d’allégresse dans le noir me sont restés, quelques bruits, quelques rires, la musique…

Chez moi,

Dans mon lit, tout tournait encore et encore, le cauchemar vécu, ce rire grinçant comme le klaxon de la voiture, la voix de mon ami semblable à cette voix numérique du téléphone, elle même semblable à la voix des chansons entendues dans le bar, comme la voix des pubs dehors, comme la voix de n’importe qui, comme celle de la dame qui m’a ouvert la porte, et cette porte qui ne marchait plus, comme ma capsule, comme l’ascenseur, comme mon téléphone sans doute, comme la lumière épileptique sur le palier qui me rappelait les musiques du bar qui dans une frénésie de percussions continuaient de jouer une même mélodie inlassablement et tout tournait encore, je n’en pouvait plus, j’éteignis la lumière et essayais de trouver de quoi dormir dans mes pensées. Je pris une pilule qui était sur ma table de chevet et fermai les yeux. Je dormais.

Mais une sirène, dans un hurlement, réveilla toute la ville !

Sur mon écran, un homme en costume annonça la procédure à suivre : « La situation fait que… » « Obligation de… » « Question de sécurité… ». Je m’habillai, claquai ma porte et sur le palier toujours cette lumière épileptique, j’appelai l’ascenseur : en panne. J’ai redescendu les escaliers en accéléré. Je me retrouvai bloqué car la poignée électronique ne fonctionnait toujours pas, j’ai hurlé ! Un homme m’a ouvert et m’incita à me dépêcher. Sur ce, j’étais dehors, il faisait encore nuit. Une nuée de voitures klaxonnait sur des kilomètres, tout le monde semblait paniqué, je revois encore ces visages plein d’angoisse dans le noir quelques bruits de klaxons, quelques cris, la musique assourdissante des sirènes et je pris le chemin indiqué par les militaires et la police.

Puis, tout s’enchaîna très vite.

Un long chemin, un centre immense, des recommandations, des appels, des vérifications, des gens pestaient, « Faites preuve de civisme » « Ne vous inquiétez pas… » ; et je me retrouvai dans ma capsule. D’une pulsation en écho avec mon pouls et je décollai. L’ascension était d’une violence extrême et je me demandais si un jour, je redescendrai… La ville rapetissait, avec ses couleurs, ses lumières, sa constellation, ses villages environnants, puis la région, le pays, le continent, la terre elle-même… Si vite, je chutai vers le haut à une vitesse hallucinante, la sensation de montée me procura une jouissance qui m'effraya un peu, et après tout ça, je flottai subitement dans l’espace.

Après tant de violence,

Le silence absolu apparu en choc !

La lenteur de l’apesanteur…

Mon écran s’alluma faiblement et une personne qui me ressemblait clama qu’il fallait impérativement « se souvenir de… » « Et surtout faire… » « Sans oublier de… » Et c’est là où j’ai tout oublié, je ne me souvenais plus et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi et comment je m’étais retrouvé au-dessus de la Terre, dans ce vide cosmique à divaguer, à m’échouer au loin dans l’espace et cette sphère bleue semblait s’éloigner si vite, devenant un point dans le noir. Noir. L’écran, un message d’erreur :

« PROBLÈME ALIMENTATION »

Tout se désactiva,

Et ma capsule clignotait de manière épileptique, comme la lumière de mon palier, comme les lumières du pub, comme les lumières qui me restaient en mémoire, comme les lumières de la ville où tout le monde était dehors et dans la capsule, le bruit angoissant des bips ! Des flashs ! Et je me sentais partir au loin, je partais, sans savoir pour quoi ni pourquoi, je ne savais plus, j’étais perdu, j’étais parti, j’étais partout, quelque part dans ce noir immense, je m’endormirai. L’on retrouvera plus jamais mon corps, il sera en perdition pendant des siècles dans cet espace immense, interminable où quelques points de lumière, çà et là, éclairent l’immensité du rien sidéral pour les siècles, les millénaires à venir. Et je ne comprenais vraiment pas pourquoi et comment je m’étais retrouvé ainsi, à divaguer, m’échouer, dans le silence, dans cette immensité noir, dans l’espace si vaste. Je me disais, qu’après tout, il ne me restait plus qu’à accepter. Alors j’acceptai mon sort, la Terre n’était déjà plus visible je divaguais, loin, dans l’infini et peut-être que je dormirai à cause du manque d’oxygène et que je mourrai paisiblement. Il fallait taire l’angoisse, accepter le vide. La perdition. Je planais ; sidéré…

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig