Cette vie-là s’éloigne de moi. Aujourd’hui je la reconnais sur d’autres. Des couples se tiennent la main, se regardent avec confiance. Je sais ce que c’est, ce qu’ils peuvent vivre. Je peux le dire maintenant. Je vois la douceur et les ambitions d’un temps que je n’habite plus. Je l’écris car il me reste ça. Me raconter moi. Ici je peux encore me battre, prendre une place. Si d’autres se reconnaissent c’est que ma vie a été leur. Que la beauté est née quelque part entre nous. Ce n’est qu’après de longs silences que je trouve ces mots-là. Après les silences et les kilomètres. Le train, la marche, la nage, la course. On m’a dit que j’avais du chemin à faire alors j’ai voulu accélérer le mouvement. Oui, rester là c’est accepter qu’il m’accompagne encore. Alors il n’est pas toujours aisé de ralentir et de se regarder. Parce qu’à l’arrêt, on recule toujours un peu. Parce que la nostalgie, c’est plonger dans son nombril. Mais parfois on en a besoin. On entortille ses membres autour d’un soi dont on peine à voir le centre. On rétrécit les contours de ce qui nous définit et on observe ce qu’il reste à cœur. On me parle de force et d’autonomie dont je serais douée, de pages qui se tournent. Les autres n’ont pas toujours raison, les reflets déforment et c’est à nous de réécrire l’histoire qu’on se racontera les soirs d’orage. Alors je m’assois derrière mon ordinateur. J’essaie, je questionne ; mais honnêtement j’ai lâché les réponses. Elles viendront quand elles voudront. Désormais les jours ne fileront plus sans moi.
