Qui aurait pu prévoir ?

Par Inès Labat

Prendre place
1 min ⋅ 04/10/2026

Un sanglier a mangé mon gâteau d’anniversaire. Il y a beaucoup de choses, comme ça, que je n’avais pas anticipé lorsqu’on s’est tous souhaité la bonne année il y a quelques mois. On a fait certains vœux et 2026 est passée à côté. Puis il est arrivé et il a posé ses sabots sur la nappe. Quand ça se passe comme ça, il ne faut pas croire qu’on pense à récupérer ses chaussures. On part pieds nus dans les rochers en lui laissant même son téléphone. Il est évidemment trop tard quand, au loin, on entend un nouveau paquet de chips se rompre sous la pression. On reste alors là, à quelques mètres, hébétés de longues minutes, à déjà se refaire le film de ce qui nous a échappé. Je revois son pas lent et assuré vers nous. Ses yeux plongés dans les miens alors que je découpais le gâteau, comme un invité arrivé en retard. Je pense aux 250 g de chocolat que j’ai mis dans ma préparation de brownie au matin et à ces drôles de rencontres qu’on n’attend pas. On se dit que ça va le rendre malade et puis, qu’en même temps, il a bien le droit à sa part. Si ça se trouve, c’est son anniversaire à lui aussi. On l’observe, inquiets mais exaltés de vivre ça. Je répète en boucle que jamais ça ne m’était arrivé. Je jure. J’ai l’habitude pourtant. C’est toujours comme ça les premières fois, on se demande pourquoi les choses changent. Qui aurait pu prévoir les étoiles qui brillent dans la nuit, les sangliers dans les calanques et mon rire au milieu du silence ?

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig