Clore

Par Pierre Chatut

Prendre place
1 min ⋅ 17/08/2026

Un vendredi soir, 18h.

A la porte de l'école pour la dernière fois, et c'est une promesse à chaque tête qui passe que ce n'est pas un adieu mais que l'année va bien continuer sans moi maintenant que tout est lancé sur les bons rails. Tout n'est pas résolu, les canalisations fuient toujours, les baquets des lavabos débordent, les bracelets disparaissent et les jouets tombent dans les égouts. Mais ce soir encore tout le monde a retrouvé papa maman et la cour vide peut accueillir le personnel de ménage. Une tortue ninja est coincée dans un arbre, trop haut pour que je la récupère, même avec l'échelle. Mais le vent viendra, ou la neige chargera la branche, et à la fonte, la tortue glissera. Ce n'est jamais qu'une affaire de temps. Tout se règle, pour que de nouvelles choses se perdent et d'autres se retrouvent, encore.

En attendant, droit comme un piquet sur le seuil, un pied à l'extérieur, l'autre encore dans l'école, je penche la tête pour inspecter la rue et plus personne n'arrive en courant, comme on facture la garderie passé les dix minutes de retard. Et plus personne assis sur les marches ni en train de se pendre à la rambarde à donner des coups de pied dans le vide ou dans les cartables. Le bac à vestes oubliées s'élève comme le mont Everest, il est de ces tas qui ne s’affaissent jamais, qui continuent au contraire de s’élever vers le ciel.

Reste la statue de Jeanne d'Arc dans la petite cour cachée des regards, derrière la cantine où on empile les clopes dans tout ce qui pourrait ressembler à un cendrier par terre. Elle monte la garde, bien statique devant une cabane d'enfant en plastique délavé. Elle, personne ne l'attend pour la récupérer alors comme je suis enfin le dernier, je peux sortir et laisser la porte se refermer sur l'école. Toujours s'assurer d'être le dernier avant de clore.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig