Enfants à charge

Par Inès Labat

Prendre place
1 min ⋅ 22/12/2024

Chaque soir, Mme Marie va chercher les enfants à l’école. C’est son travail. Elle part de chez elle à quatre heure précise. Dans son grand sac à main distendu, on y trouve six demi-baguettes fendues et généreusement garnies de grosses cuillères de Nutella. Dès qu’elle en voit un, elle lui tend son cylindre de sopalin renfermant le sandwich gras et sucré. Il faut bien garder le papier, ils le savent. Elle le répète à chaque fois, ils vont se salir.

Quand son sac est vide, c’est qu’ils sont tous là. Alors, ils remontent à pied jusqu’à sa petite maison – plus haute sur la colline. Les enfants se mettent deux par deux et bavardent la bouche pleine, le long des allées sinueuses tracées entre les petites maisons qui se chevauchent presque. Au mois de décembre, quand la nuit tombe vite et que les voisins décorent leurs maisons, c’est comme si leur chemin était tracé par de longues guirlandes lumineuses. Ils adorent ça.

Mais ce qu’ils aiment encore plus, c’est les croûtons. Les croûtons, c’est le pain qui reste des derniers jours et qui a commencé à durcir. Mme Marie coupe de fines tranches et les passe au four. Les enfants en raffolent, elle le sait. À peine arrivée, elle sort le saladier de croûtons et les enfants se servent à pleines mains avant d’aller jouer sur la terrasse en escaliers.

Dans la demi-heure qui suit, c'est ses enfants à elle qui arrivent et se servent sans même la regarder. Sa fille est cantinière et son fils, éboueur. Ils n’ont pas beaucoup de moyens alors ils viennent souvent lui taxer des lessives, de la bouffe, ou encore un lit quand c’est vraiment compliqué. Ces enfants ingrats aux bleus et roses de travail usés et sales s’ajoutent alors aux bouches avides de pain et sirop dont elle a, chaque soir, la charge.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig