Ça n’a rien d’agréable, écrire. Je ne tiens pas en place. Ça me demande toujours de lutter quelques minutes pour accepter de m’asseoir et poser mon téléphone. Ce que je préfère, ce sont les longs trajets en train la nuit, quand le temps se suspend de lui-même et m’oblige. Je m’épanouis dans le mouvement. Le mouvement, c’est le plaisir. La danse, lire en marchant, courir comme on crie. L’écriture, elle, demande de laisser entrer le vide, l’ennui. Mais l’ennui éteint toujours un peu ma flamme et je m’aime moins privée de lueur. Je m’aime empêchée, submergée, avec un reste d’émotion dans la bouche. Alors je marche toute la semaine, je me meus en attendant l’étincelle. Mes jambes ont cette facilité que ma pensée n’a pas, je leur fais confiance pour me mener à ce moment d’éveil. Juste quelques mots dont j’éprouve suffisamment la combinaison pour la rallumer plus tard. Ce moment où, depuis ma chaise, j’explose et chante jusqu’à ce que ce presque rien dans ma gorge vibre sur la page. Je progresse lentement, parce que les phrases s’arrachent toujours. Rien ne coule entre mes doigts. Je ne fais qu’entortiller ce pauvre élastique qui coupe ma circulation. Et c’est quand plus rien ne passe, quand mon cerveau s’éteint après lutte et effusion, que ça se dénoue. Enfin.
