Maxim’s

Par Inès Labat

Prendre place
1 min ⋅ 01/12/2024

Il est minuit à Paris et je passe les portes du vestibule. Une sucette rouge en forme de cœur se glisse sur ma langue ; et Maxim’s devient Lolita.

Je pénètre dans la Belle Époque, dans ce lieu qui, de jour, est un restaurant historique et luxueux. Ce soir, c’est les drag queens et les anonymes comme moi qui se pressent à l’entrée. On paye nos tickets, récupère nos sucettes, et je suis mes ami.es déjà précipité.es dans l’escalier. Je pose une main sur le bois poli et vernis de la rampe pour rejoindre les étages. L’escalier est cerné de miroirs et de douces courbes boisées. L’atmosphère confère à tout relèvement de jambe une certaine noblesse. La lumière est tamisée. Sur les tables aux nappes blanches sont disposés des chandeliers électriques aux abats-jours en jupons crêpés. Trois étages faits de recoins et de salons de repos, des espaces plus petits, plus intimes ; propices aux confidences. Je m’y installe un temps avec une amie avant de rejoindre les autres, au bout.

Là-bas, le printemps semble être né. Les murs roses sont couverts de fleurs artificielles. Je lève la tête et elles remontent sur deux étages. Tout en haut, de fausses fenêtres percent cette étendue florale. Sur le plafond, une immense boule à facette pend au-dessus de nos têtes. Je m’attends presque à voir apparaître, derrière l’une des vitres qui nous surplombent, le nostalgique Gatsby, une coupe de champagne à la main. Je suis émerveillée, aspirée par ce lieu tout droit sorti d’un fantasme.

La piste de danse nous appelle et il est temps de redescendre. Je ralenti le rythme pour me voir dans l’escalier. Capturer l’image et l’instant. Je suis enfin la princesse que je pensais être enfant. Les tables sont poussées le long des pans de murs. La moquette fleurie accueille pleinement ceux qui dansent. La foule s’y presse et ma sueur coule de pores insoupçonnés. Tandis que la musique exulte mon enthousiasme, je respire en tendant mon visage vers le plafond. Une immense mosaïque de verre teinté. Un véritable vitrail de la fin du XIXe siècle accueille nos chants et réfléchit les lumières de la scène. Je saute frénétiquement, comme pour pouvoir le toucher.

Subjuguée, je rêve, je crie.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig