Un froid

Par Rémi Roig

Prendre place
1 min ⋅ 13/04/2025

Au cœur de l’été, soudain un vent frais. On y croirait à peine. On en aurait ri auparavant. Maintenant cette brise, froide. Presque glaciale. Si douce. Une douceur étonnante. C’est une douceur qui choque. Qui réveille.

Les pieds se balancent dans le vide ; ils jouent comme une balançoire, un métronome du temps qui passe. Elle redresse la tête.

– Je m’en veux pour elle. Vraiment. C’est ouf. Ça fait longtemps qu’on se connaît maintenant. Tu crois que je suis comme ça ?

Pourquoi cette question ? Qu’importe mon opinion, non ? On aurait pu très bien parler d’autre chose. J’aimerais parler d’autre chose. Après tout, y a tellement de sujets bien plus sympathiques. Pourquoi toujours croire qu’il y a que les sujets qui semblent sérieux qui le sont vraiment ? Moi, ça me fatigue ; je suis fatigué de tout ça, je crois. Je ne comprends plus pourquoi ça devrait m’intéresser. Je suis, presque, résigné à l’idée que je dois subir tout ça.

Et ces questions…

Puis, j’entends et vois une mouette. Ça me fait rire intérieurement. Alors, je ris un peu. Légèrement. Comme ce vent qui nous baigne, nous prend. Je ris.

– C’est pas drôle.

– C’est pas ça.

– Alors quoi ? Pourquoi tu me dis pas ?

Pourquoi est-ce que je devrais dire ? Pourquoi moi ? La vérité, c’est que j’en sais rien. Je crois que cette histoire ne me fait rien éprouver. J’aimerais lui dire en fait. Mais non. Ça me gonfle là aussi, de devoir dire des choses.

Elle balance encore ses pieds.

Je vois un peu de colère dans ses yeux. Elle a un visage qui se barbouille de colère.

– Je compte sur toi.

– Non, t’es pas comme ça. On est ce qu’on fait. Mais ce qu’on fait ne nous détermine jamais absolument pour l’avenir. Tu seras comme ça si toute ta vie tu fais ça. Et, que ça te ressemble ou non, je m’en fiche. C’est pas une bonne question.

Et moi ? Dans tout ça ? Qu’est-ce que je devrais dire ? Pourquoi moi aussi je me tais ? Je me demande si je m’en fiche vraiment. La vérité c’est que je suis surpris d’être si peu touché par cette histoire. Je deviens si insensible ? C’est triste si c’est le cas. Ou peut-être que je m’attendais à tout alors je ne suis surpris de rien ?

J’ai l’impression d’être devant un mur. Je sens que des choses changent. Et j’en suis las.

Il y aurait pu y avoir un orage quand même. Ça m’aurait fait du bien. En plus de ce vent glacé. Un grand tonnerre. Quelque chose qui éclate le ciel.

Non.

Le temps paraissait bien plus pernicieux. Sournois.

Étrangement calme.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig