Un ciel cataracté plonge la ville dans un grand embêtement blanc,
Le temps est diffus, et le vent, et l’allure.
Loin : les cris de la veille, la fête et l’allégresse.
Désordre désormais lavé à coups d’eau trombe.
L’ennui est blanc. Silencieux.
Tout est retombé.
Les voitures râlent sur la route.
Une pollution crasse peinte sur les murs.
Les mendiants meurent dans le froid.
Le bruit strident des trains qui glissent et grincent sur des rails.
Au sol sur le bitume, l’humidité, les feuilles mortes, les pas lourds des passants qui traînent. La longue marche d’une armée claquant le bitume de leurs bottes d’une cadence frappée pour s’en aller travailler. Dans les magasins chics, les mannequins – statues de plastique – sont des spectres aux parures luxueuses. Une jeune femme a dû enjamber un sans domicile qui dort parterre pour ouvrir son épicerie fine.
Et j’ai froid.
Là, sur le banc tagué. Je souffle dans mes mains pour me réchauffer, une buée immense étouffe ma vision d’où sortent des passants aux yeux fixes. Des enfants livides crient avant de suivre une cloche qui tinte quelque part.
J’ai revu sur ce banc, la veille, le feu, les cris !
J’ai réentendu une musique assourdissante qui faisait trembler les murs.
À côté de moi, j’ai remercié la personne pour m’avoir levé de mon lit et proposé de m’habiller.
Je n’aurais jamais pensé que je me perdrai en remerciement.
Un silence et je me suis tu.
J’ai repensé à un cri qui voulait sortir hors de moi, un jour dans la campagne pleine de vie où tout semblait beau.
Et là, la fontaine à côté de moi rendait la chose insupportable.
Et je me suis demandé pourquoi aurais-je à crier ?
Et je me suis demandé si c’était vraiment toi sur ce banc à côté de moi.
Et je me suis demandé si c’était vraiment moi sur ce banc à côté de toi.
Et je me suis demandé ce qu’était un rêve au juste.
Et je me suis demandé ce qu’était la mémoire réellement.
Et je me demande en ce moment qui écrit ce texte.
Et j’ai dû crier quelque part.
