Ce n’était pas mon appartement. Je n’ai même jamais payé le loyer. Mais j’y ai vécu. J’ai fréquenté les supermarchés et les boulangeries, emprunté toutes les bouches de métro alentour. Je me suis moquée de ces gens qui mangent des huîtres en terrasse à toute heure en regardant au loin leur nombril. J’adore ce quartier. Avant même d’y vivre, c’était déjà mon endroit préféré à Paris. J’y ai amené à peu près toutes les personnes que j’ai rencontrées ou qui m’ont rendu visite depuis que je vis dans cette ville. J’ai mangé et me suis enivrée le long du canal des tonnes de fois – comme tout le monde. Cet endroit grouille à la tombée de la nuit et dès que le soleil se pointe. C’est autre chose d’y vivre.
J’ai vécu dans cet appartement du sixième étage à la cuisine rouge baignée de soleil. J’y ai cuisiné parfois, me suis laissée servir beaucoup. La chambre, je l’ai vue évoluer avec le temps. J’ai dormi dans les deux lits qui se sont succédés ; la tête de lit a même changé de place à un moment. On m’a demandé mon avis et on m’a fait de la place dans les placards. Mon préféré c’est celui que j’avais sous le lavabo et dont on avait pris soin de peindre la porte mais jamais l’intérieur.
J’avais ma photo aux murs et le double des clefs. Ça a été ma maison un temps et là-bas j’ai rêvé vraiment très fort.
Aujourd’hui, on m’a demandé de rendre cette clef. C’est toute une vie qui ne reviendra plus.
J’ai habité rue des Vinaigriers. Je n’y habiterai plus jamais. Mais cette vie-là a eu lieu ; ça a été.
Whatever happens tomorrow, we’ve had today.
