Le bord des yeux adoucis, rien ne semble la réveiller. Elle enchaîne les brasses dans un paisible demi-sommeil et entend à peine le maître-nageur qui fait tonner entre ses lèvres le signal de fermeture. C’est la pause déjeuner. Elle fait glisser pull et manteau sur sa peau encore humide et se recouvre d’une large écharpe avant de rejoindre le métro. Le camaïeu bleu carrelé sur les murs souterrains prolonge la salle d’eau qu’elle quitte tout juste ; les joues roses et les pointes de cheveux trempées. Les muscles vivifiés, sa peau sent le chlore ; elle l’a fraîche.
À la surface, elle navigu[e] en [m]ère peinard[e] sur la grand-mare des canards au milieu de copains d’abord d’un certain âge qui, en habits du dimanche, dansent deux à deux sous le soleil. Un banc semble l’attendre, alors elle s’y établit tel un sémaphore, profitant de cette guinguette discrète comme il y en a sur d’éparces places pavées. Elle les regarde, croque cette fresque et obtient ces mots. Ses fluctuat nec mergitur à elle, c’est bien la littérature.
