On ne rentre jamais tout à fait

Par Inès Labat

Prendre place
1 min ⋅ 05/01/2025

Il est déjà demain.

Une glace à la main dans les rues de Cremona, je pense déjà à ce qui m’attend. Les valises, la route ; puis les lessives, les rendez-vous pris et les obligations. S’écrit dans ma tête une liste à rallonge, tandis que la glace coule entre mes doigts. Je suis encore là mais plus tout à fait. L’anticipation met fin à mes vacances plus tôt que prévu.

Je suis derrière mon Spritz sur une place lombardienne avec une amie. Fatiguées, on se contente de sourire, la gorge déployée et la tête en arrière. On prend le soleil avec la conscience de devoir y renoncer bientôt. On perdra alors ce sentiment du Sud qui n’est de toute façon plus tout à fait à nous.

Le présent ne se vit plus que dans l’attention que je dois mobiliser au volant pour dépasser les voitures sur l’autoroute. Je suis dans Mario Kart, un podcast en bout d’oreilles, les pieds de Coline contre le pare-brise. Enfin un peu d’air. On ouvre la fenêtre et des vagues se dessinent par le mouvement de nos mains et bras. Si on avait une décapotable, j’aurais pu mettre mon foulard dans mes cheveux avec une impression de Cinécittà.

C’est pourtant suante sur le siège conducteur que j’avance ; oubliant l’Italie où je suis encore, dirigée vers la fin d’un tout. C’est pas si triste, c’est encore bien. Ça finit tout doucement. Ça prend sept heures à se finir. Puis, il faut bien faire une pause pour déjeuner. On se perd dans les méandres d’une immense brocante étalée sur trois places. Le soleil ne semble pas vouloir nous quitter et une burrata nous rafraîchit le palais. On ne rentre jamais tout à fait.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig