Lit, matelas, table, chaises, fauteuil ou petit canapé, coffre pour balcon, bibliothèques, étagères, peinture, appliques, cuvette, machine à laver, meuble à chaussures, rideaux…
Je rentre les dimensions dans le logiciel. La hauteur, la largeur, la profondeur. J’agence, choisi la place des meubles. J’essaie, visualise en 3D, montre, discute. Je joue aux Sims pour la vraie vie. Bientôt ce sera chez moi. Je fais des listes, des paniers en ligne. Il faudra passer à la caisse un jour. Faire livrer, réceptionner, monter, repeindre, percer, emboîter. Les cartons à faire et à défaire. La joie d'entreprendre et le deuil des cinq dernières années.
Il faut dire au revoir pour dire bonjour. Renoncer, puis accueillir. Vider et remplir. Être triste et joyeuse. Tourner la page et écrire sur la suivante.
Il y a. Des cartons, des affaires dont on ne sait plus où on les a mises. Des placards vides qui deviennent pleins et des pleins vidés. Ça résonne et se gorge de bruit constamment. Des valises, des sacs, des tournevis. Des vis dans tous les sens dans un grand sac en papier et des photos décrochées une à une qui tiennent dans une main.
Il y a. Les personnes qui ont dormi dans ce lit que je laisse. Les recoins que j’ai investis d’amour, de rires, de livres et autres miettes. Cette douche qui a évacué tant de paillettes. Ce bureau sur lequel j’ai écrit de longues heures. L’arbre par la fenêtre qui redeviendra rose tous les printemps que je ne passerai plus ici. Cette porte depuis laquelle j’ai dit tant d’aurevoirs (et d’adieux). Cette fois, c’est moi qui m’en vais.
Ce matin je suis passé voir, une dernière fois, le courrier. Une enveloppe « À l'attention de nos chèr(e)s voisin(e)s » : vide. Eux aussi le savent, je suis déjà partie.
