L’appel

Par Inès Labat

Prendre place
1 min ⋅ 08/12/2024

Il faut les appeler pour leur dire. J’ai l’impression qu’on va me dire non, alors que je sais très bien que j’arrive toujours à leur faire dire oui. J’essaie d’envoyer papa. Je me cache derrière lui quand il s’agit de parler au téléphone. Le problème c’est qu’il est comme moi. Quand j’étais ado se renvoyait tout le temps la balle pour savoir qui allait appeler pour commander les pizzas. Et c’est maman qui finissait par le faire, lassée de nous voir incapables de dire deux mots dans un combiné.

Ce qui a, c’est que tous les ans c’est pareil. Il faut le refaire, appeler, faire fléchir. Je compose le numéro sur mon smartphone. J’ai préparé mon discours, mes arguments. Je suis prête à me fâcher au besoin, à hausser le ton, à être ferme et même de mauvaise foi. Moi vivante – vous m’entendez – je paierai pas 36 euros par mois pour avoir internet.

J’appelle. Déjà, il y a un robot à qui il faut répondre. Une perte de temps. À chaque fois je trouve que les questions sont mal posées, alors je réponds à côté et on me passe le mauvais service. Une femme décroche. Je suis étonnement au bon endroit. Je suis calme, je ne passe pas directement à l’offensive. Je sens bien dans ma voix mal assurée que je suis en train de quémander. Je me dis que ça passera jamais, qu’il manquerait plus qu’un s’il-vous-plait pour que je sois à ses pieds. Alors j’oublie la politesse et formule simplement ma demande en espérant que ça passe pour une parole ferme et résolue. Elle va demander, elle revient. Après quelques secondes, elle dit ok, qu’elle va m’envoyer un sms de confirmation.

J’ose un merci. L’appel aura duré deux minutes, attente comprise. C’était si simple. J’ai demandé ; elle a dit oui. J’ai économisé 180 euros sur l’année, juste parce que j’ai appelé, parce que j’ai osé parler à mon téléphone. Dans ma tête, la voix de ma mère raisonne. Beh voilà, c’était pas si compliqué.

Prendre place

Par Pierre Chatut, Inès Labat et Rémi Roig